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SOUVERAINETÉ MÉDIATIQUE ET RESPECT DES INSTITUTIONS : POURQUOI LA DÉCISION DE LA HAC EST UN ACTE DE DIGNITÉ NATIONALE

Le Courrier d'Afrique by Le Courrier d'Afrique
septembre 19, 2026
in Enquête / Analyse Majeure
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SOUVERAINETÉ MÉDIATIQUE ET RESPECT DES INSTITUTIONS : POURQUOI LA DÉCISION DE LA HAC EST UN ACTE DE DIGNITÉ NATIONALE
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Par la Rédaction d’Analyse Politique et Stratégique — Le Courrier d’Afrique
Publié le 19 Septembre 2026

La décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de suspendre France 24 et de retirer l’accréditation du correspondant de Jeune Afrique suscite de grands débats. Loin d’être une entrave à la liberté d’expression, cette mesure constitutionnelle constitue une réponse ferme et légitime face au « deux poids, deux mesures » de la presse internationale. Analyse approfondie d’un acte de dignité républicaine et de souveraineté.


L’AFFRONTEMENT DES RÉCITS ET LA QUÊTE DE RESPECT

L’histoire des nations se joue autant sur le terrain politique et économique que sur le théâtre des représentations symboliques et médiatiques. Récemment, la Haute Autorité de la Communication (HAC) de la République de Guinée a pris une décision retentissante : le retrait immédiat de l’accréditation de presse du correspondant du journal Jeune Afrique, suivi de la suspension de la diffusion de la chaîne de télévision d’information continue France 24 sur l’ensemble du territoire national. La cause directe de cette sanction administrative et réglementaire réside dans le qualificatif de « président putschiste » employé à l’antenne à l’encontre du chef de l’État guinéen, ainsi que dans la constatation de « graves violations des obligations éthiques et déontologiques » qui encadrent l’exercice du journalisme en Guinée.

Comme il fallait s’y attendre, cette mesure a immédiatement déclenché une vague de réactions courroucées dans certains cénacles médiatiques internationaux, invoquant de manière pavlovienne les libertés de la presse, le droit à l’information et les préceptes de la démocratie libérale. Pourtant, réduire cet événement à une simple entrave à la liberté d’expression relève soit d’une cécité politique troublante, soit d’une mauvaise foi caractérisée.

Il s’agit en réalité d’une décision forte, souveraine et éminemment juridique, qui vient rappeler une vérité fondamentale trop souvent oubliée : l’exercice du journalisme, aussi libre soit-il, ne saurait s’affranchir du respect dû aux institutions républicaines et de la déontologie professionnelle. En s’attaquant de manière ciblée au chef de l’État, la presse étrangère franchit la frontière fragile qui sépare la critique informative du dénigrement systématique. Face à ce traitement à géométrie variable, la Guinée a simplement réaffirmé son droit inaliénable à faire respecter sa dignité et sa constitutionnalité.


I. LE DEVOIR DE RÉSERVE ET LA DÉONTOLOGIE : AU-DELÀ DU MOT, LA RIGUEUR ÉDITORIALE

1. La responsabilité professionnelle face au sensationnalisme

Le journalisme n’est pas un pouvoir sans règles ni une licence d’outrage. Dans toutes les démocraties consolidées du monde, l’exercice de la presse est soumis à des chartes éthiques rigoureuses, dont la première règle exige l’impartialité, l’équilibre et le respect de la vérité institutionnelle. Lorsqu’un correspondant étranger qualifie un chef d’État en exercice de « putschiste » sur une chaîne financée par des fonds publics étrangers, il ne fait pas du journalisme : il pose un acte d’engagement politique, prend parti dans le débat interne d’un État souverain et valide une étiquette réductrice.

La HAC n’a pas agi par impulsion idéologique, mais en tant qu’organe constitutionnel de régulation. Son rôle est de garantir que les acteurs des médias respectent le cadre légal du pays récepteur. Le fait que la direction de la chaîne concernée ait elle-même reconnu des maladresses ou cherché à tempérer ses propos démontre bien que la rigueur éditoriale a fait défaut. Pourquoi ce qui serait jugé inacceptable ou diffamatoire dans les médias européens devrait-il être toléré lorsqu’il s’agit des chefs d’État africains ?

2. La souveraineté des instances de régulation

Chaque pays dispose d’autorités de régulation de l’audiovisuel (comme l’Arcom en France ou la FCC aux États-Unis) capables de sanctionner lourdement tout dérapage ou tout irrespect envers l’ordre public et les institutions. La HAC guinéenne dispose exactement des mêmes prérogatives légales. Exiger que la Guinée renonce à appliquer ses propres lois équivaudrait à lui nier le statut d’État de droit. La décision de suspendre l’accréditation et la retransmission est donc une réponse institutionnelle proportionnée à une provocation éditoriale répétée.


II. L’AMBIGUÏTÉ DE LA DIPLOMATIE ET DES MÉDIAS OCCIDENTAUX : LE DOUBLE STANDARD DÉMASQUÉ

Pour comprendre l’exaspération légitime des autorités et du peuple guinéen, il convient de replacer cette décision dans un contexte politique et diplomatique plus large. L’argument selon lequel les médias occidentaux ne feraient que « rapporter la réalité » s’effondre dès lors qu’on analyse la sélectivité de leur indignation.

1. Le paradoxe diplomatique : Reconnaissance officielle vs Hostilité médiatique

L’un des éléments les plus révélateurs de cette crise réside dans le grand écart constaté entre la posture diplomatique officielle des puissances partenaires et le traitement réservé par leurs appareils médiatiques.

À l’occasion des réceptions officielles de la fête nationale française à Conakry le 14 juillet dernier, la représentation diplomatique française saluait publiquement les avancées de la transition, magnifiait les étapes du retour à l’ordre constitutionnel et actait de facto la reconnaissance et la légitimité des institutions de la République de Guinée sous la conduite du Présidence de la République.

D’un côté, les chancelleries collaborent officiellement avec le gouvernement guinéen, valent les chantiers de refondation et saluent la stabilité du pays. De l’autre, les médias d’État ou subventionnés de ces mêmes pays mènent une campagne d’attrition verbale et de délégitimation systématique contre la plus haute autorité de la nation. Comment expliquer une telle contradiction ? La question centrale n’est donc pas l’usage technique du mot « putschiste », mais les motivations profondes de cette virulence sélective.

2. Le « Deux Poids, Deux Mesures » en Afrique

Le peuple guinéen et les observateurs africains avertis constatent quotidiennement la politique du « deux poids, deux mesures » pratiquée par la presse internationale :

  • Au Tchad et au Gabon : Lorsque des transitions politiques surviennent dans d’autres pays d’Afrique centrale ou de l’Ouest perçus comme préservant des pré-carrés économiques, les médias occidentaux font preuve d’une retenue remarquable. Les dirigeants y sont présentés comme des « hommes forts », des « garants de la stabilité » ou des « partenaires stratégiques ». Le mot « putschiste » y est soigneusement évité ou lissé.
  • Dans le reste du monde : A-t-on souvent vu ces mêmes antennes qualifier de « dictateurs » ou de « putschistes » certains dirigeants du Moyen-Orient ou d’Asie reçus avec tapis rouge et honneurs militaires dans les capitales occidentales ? Le traitement accordé aux dirigeants syriens ou égyptiens par le passé démontre que la qualification dépend uniquement du degré d’alignement des régimes sur les intérêts géopolitiques extérieurs.

Dès lors, pourquoi réserver à la Guinée un traitement d’une telle agressivité ? La réponse est claire : la Guinée est sanctionnée médiatiquement parce qu’elle refuse la tutelle, parce qu’elle remet en cause les privilèges historiques et parce qu’elle choisit souverainement ses partenaires.


III. LES VRAIS ENJEUX : GEOPOLITIQUE, RESSOURCES ET HÉRITAGE HISTORIQUE

Pour saisir la portée de ce débat, il faut sortir de la naïveté infantile selon laquelle la politique étrangère des grandes puissances et de leurs relais médiatiques serait guidée par la défense humaniste des droits de l’homme ou de la démocratie. Les discours moraux ne sont souvent que le paravent de rivalités stratégiques.

1. « Suivez les traces de l’argent et des habituels passe-droits »

Si vous voulez comprendre les tensions soudaines entre des États, il ne faut pas chercher dans les préambules des déclarations morales, mais suivre la piste des contrats économiques, des ressources minérales et de la fin des privilèges indus.

La Guinée vit aujourd’hui une transformation industrielle et économique sans précédent. Le projet mégastructurel de Simandou – le plus grand gisement de minerai de fer non exploité au monde –, la renégociation des concessions minières, la construction d’infrastructures ferroviaires et portuaires souveraines, et la volonté ferme du gouvernement de transition de procéder à la transformation locale des matières premières perturbent les équilibres rentiers établis depuis des décennies.

Pendant des années, certains groupes d’intérêts étrangers ont bénéficié de passe-droits considérables. Aujourd’hui, la Guinée exige un partenariat gagnant-gagnant, fondé sur le respect mutuel et le contrôle national des ressources. Quand on ne peut plus dicter sa loi sur les contrats miniers, on active le bras médiatique pour fragiliser le pouvoir politique en place.

2. Le syndrome du « NON » de 1958

Le différend entre la presse internationale et les dirigeants guinéens s’inscrit dans une trajectoire historique bien documentée. Depuis l’acte fondateur du 28 septembre 1958, où le peuple guinéen a dit un « NON » catégorique à la communauté coloniale pour choisir la liberté, la Guinée a toujours été traitée avec une certitude de suspicion par les grands organes de presse de l’ancienne métropole.

Des feux Présidents Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté, aux Présidents Moussa Dadis Camara, Alpha Condé et aujourd’hui le Président Mamadi Doumbouya, la presse étrangère a toujours eu maille à partir avec les dirigeants guinéens qui affirment leur indépendance. Seul le Général Sékouba Konaté a bénéficié d’une indulgence temporaire en 2010, car son objectif unique était la remise rapide du pouvoir selon un agenda prédéfini.

En prenant le pouvoir et en posant des actes de refondation nationale profonds – réappropriation de la mémoire, lutte contre la corruption, construction d’infrastructures durables –, les autorités actuelles s’inscrivent dans la lignée des dirigeants qui refusent la soumission. Dès lors, le mécanisme de dénigrement médiatique s’est automatiquement réenclenché.


IV. LA PÉDAGOGIE DE LA FERMETÉ : LE SENS DU PROVERBE GUINÉEN

Face à une condescendance qui dure depuis plus de six décennies, la bienveillance passive ou la diplomatie du silence ne fonctionnent plus. Il existe un proverbe guinéen d’une profondeur remarquable qui illustre parfaitement la situation :

« Quand tu danses avec un aveugle qui te piétine, à un certain moment, il faut lui donner des coups de pieds pour qu’il sache qu’il n’est pas le seul sur la piste. »

Pendant trop longtemps, la Guinée et de nombreux pays africains ont accepté de « danser » dans l’arène de la communication globale en subissant les piétinements et le mépris de partenaires médiatiques qui feignaient de ne pas voir les réalités du terrain. Ces médias agissaient comme cet « aveugle » volontaire, piétinant la dignité des peuples sous couvert de liberté d’informer.

La décision de la HAC est précisément ce « coup de pied » salutaire. C’est un acte de rappel à l’ordre qui signifie clairement : « La Guinée est un État souverain, doté de lois et d’un peuple conscient. Si vous souhaitez informer sur la Guinée, vous devez respecter la piste de danse sur laquelle vous évoluez. »


V. LA DÉCONSTRUCTION DES FAUX DÉBATS : RATIONALITÉ CONTRE MANIPULATION

Certains analystes superficiels tentent d’opposer à cette décision des arguments simplistes qu’il convient de déconstruire avec rigueur :

  1. Sur la légitimité du pouvoir : Le processus du 5 septembre 2021 est survenu à un moment de rupture systémique pour éviter le basculement du pays dans le chaos. Aujourd’hui, le gouvernement guinéen exerce la plénitude de la puissance publique : il administre le territoire, garantit la sécurité, finance les infrastructures et rembourse la dette publique.
  2. L’illusion des pseudo-démocraties : Une élection formelle sous d’autres cieux n’a jamais été un brevet absolu de légitimité. L’Afrique a trop souffert de régimes dits « démocratiques », arrivés au pouvoir par des mascarades électorales bénies par l’extérieur, mais qui ont ruiné leurs pays. Les « putschistes » patriotes qui construisent des hôpitaux, des routes et protègent les ressources nationales servent souvent mieux le peuple que des « démocrates » corrompus et soumis.
  3. La prise de conscience des peuples : Il se produit aujourd’hui en Guinée et en Afrique une mutation majeure. La jeunesse ne consomme plus aveuglément les récits préfabriqués à l’étranger. La décision d’interdire les médias irrespectueux est perçue par les populations non comme une censure, mais comme une mesure de protection de la dignité nationale.

LA GUINÉE DEBOUT, FIDÈLE À SON HISTOIRE

En réagissant avec fermeté face aux dérapages de France 24 et de Jeune Afrique, la Haute Autorité de la Communication et les autorités guinéennes ont posé un acte de dignité républicaine.

Ce débat touche au cœur même de la souveraineté africaine au XXIe siècle. Peut-on prétendre être un État libre si l’on continue d’abandonner à des organes extérieurs le droit de définir qui est légitime et qui ne l’est pas ? La réponse est définitivement non.

La Guinée, fidèle à son héritage de 1958, rappelle au monde que le respect ne s’implore pas : il s’impose. La décision de la HAC n’est pas un recul, mais l’affirmation mûre et décomplexée d’un État de droit qui exige d’être traité d’égal à égal. Que ceux qui souhaitent informer sur la Guinée le fassent avec professionnalisme, honnêteté et respect. Le temps du paternalisme médiatique est définitivement révolu.

La Rédaction du Courrier d’Afrique

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